Imam Cheikh Ould Ely : un passage éclair à la télévision de Mauritanie

Imam Cheikh Ould Ely : un passage éclair à la télévision de Mauritanie

Chez nous, les hommages sont souvent posthumes. Du vivant des hommes, ils n’ont point de qualités. Ils passent inaperçus, même si l’on reconnait en silence, en privé, dans les espaces clos leurs talents et mérites. Je ne sais pas, si cela relève de l’égoïsme ou de la jalousie.

En  tout cas, si l’on est prompt à reconnaitre les biens matériels des hommes de leur vivant, « Batroune » ; il n’en est rien des valeurs spirituelles et intellectuelles. Souvent, nos «  génies, savants et érudits » sont plus connus et respectés hors de chez nous.

Ce témoignage est une reconnaissance. Habituellement, ceux qui sont admis à la retraite sont jetés dans les oubliettes d’autant plus qu’ils ne sont plus ordonnateurs de budget.  

Pour ma part, je voyais comme tous les jeunes de mon âge, Imam Cheikh Ould Ely présentait le journal à la télévision de Mauritanie et dont parfois la voix  mélodieuse me parvenait par les ondes de Radio Mauritanie.

Je l’ai aimé avant de le rencontrer pour son art savant d’articuler les mots, sa voix  et sa tonalité irrésistibles.

Mais, il faut attendre le coup d’Etat de 2008, pour le rencontrer physiquement pour la première fois, alors qu’il venait d’être nommé Directeur Général de la Télévision de Mauritanie.

Je faisais mes premiers pas dans le journalisme. C’était un moment difficile et particulier. Un moment trop sensible. Il fallait faire accepter le coup d’état. Il fallait le justifier…

L’homme avait le background et le tact. Il ne quittait pas la salle de rédaction. Il prenait lui-même le stylo. Il acceptait la contradiction et le débat, des fois on échangeait sur l’emploi d’un mot, d’une expression afin de retenir le plus ou la plus approprié’ ( ée).

Cette approche nouvelle, était une rupture. Certains confrères la trouvaient envahissante.  Je n’étais pas de cet avis. Au contraire, sa présence était rassurante et lui permettait d’être en contact avec la réalité.

Cette nouvelle vision du travail journalistique, de l’organisation de la rédaction étouffait les partisans de la facilité, de la complaisance et du moindre effort.

Il sera victime d’un complot. Un plan machiavélique au nom de la continuité et de l’immobilisme.

En moins de trois mois, je crois, il aura pris des décisions importantes qui profitent  aujourd’hui aux « nouveaux venus » de la Télévision nationale.

Cet écrit a pour but de « rendre à César ce qui est à César » pour que les «  bonnes décisions »  qu’ils prises ne soient affectées à d’autres.  Comme le dit, souvent un des doyens : «  la défaite est orpheline  alors que le succès a mille  géniteurs ».

Avant l’arrivée de Imam Cheikh Ould Ely, les pigistes les plus choyés  touchaient 21.000 anciennes Ouguiyas. Lorsqu’il a découvert, cette absurdité. Il a dit devant tout le monde que c’était anormal. On était dans une période  d’incertitude et de turbulence. Mais il va augmenter les piges  qui vont passer de 21.000 UM à 50.000 UM.

Ensuite, les présentateurs du journal qui n’avaient pas de véhicule, étaient contraints de prendre un taxi alors que le parc automobile  de l’institution comptait, de mémoire, à l’époque une vingtaine de véhicules.

Il va vite imposer une permanence pour assurer le transport aller et retour des présentateurs,  en plus des employés qui travaillent tard dans la nuit-  pour les premiers, il s’agissait de défendre l’image de la boîte et pour les derniers, c’était surtout  pour leur sécurité -, dira-t-il .

Au plan professionnel, il a apporté une révolution dans la présentation des lettres de condoléances ou de félicitations du président de la république, adressées à ses homologues : avant lui, c’était un off plateau ou le journaliste lit, le courrier du chef de l’Etat avec sa présence à l’écran. Il exigea qu’on mette les photos du président et de son homologue.

Pour la diligence du travail, Imam Cheikh Ould Ely va relier par une cage d’escalier,  la salle de rédaction qui était excentrée au studio ;  pour que les journalistes n’aient pas à faire le tour du bâtiment. Ce qui a permis de gagner des minutes précieuses,  pour ceux qui connaissent un peu le stress qui hante les journalistes de la préparation, le montage la correction, jusqu’à la diffusion du journal.

C’est un hommage désintéressé et mérité  pour l’empreinte qu’il aura laissé à la télévision nationale pendant un  laps de temps très court.

Aujourd’hui, je suis à la Radio, loin de la télévision. Cependant, j’estime que le passage de Imam Cheikh Ould Ely à la télévision aura changé beaucoup de choses.

Seyré SIDIBE

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